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BCE : parce qu’il fallait faire comme tout le monde…


23 Janvier 2015 - P. Sabatier

Ça y est, la Banque Centrale Européenne (BCE) est prête à emboîter le pas à ses homologues internationales… à savoir descendre dans sa cave pour imprimer des billets de banque et les donner aux États pour leur permettre de maintenir leur train de vie. Après tout, quoi de plus normal ?
Une fois de plus, le vieil adage : « il est plus facile d’avoir tort ensemble que raison tout seul » l’aura emporté. Après les Etats-Unis, la Suisse, le Royaume-Uni et le Japon, l’orthodoxe Banque Centrale Européenne va finir par se plier à cette pratique appelée Quantitative Easing (QE), devenue une véritable lampe d’Aladin depuis 2008.

Retour en 3 points sur les effets positifs attendus de ce « QE » que tout le monde appelait de ses vœux...

1. Le QE devrait permettre aux pays européens de voir leur coût de financement baisser, permettant aux États ainsi qu’aux agents privés (entreprises et ménages) de payer moins de charges financières… ce qui boostera la consommation, l’investissement et donc la croissance. Vraiment ? Car pour aller plus bas que les niveaux actuels (0.4% en Allemagne, 0,6% en France, 1,6% en Italie ou encore 1,4% en Espagne), il faudrait que la Banque Centrale Européenne se mette à payer les gens pour qu’ils s’endettent!

Conclusion 1 : le QE est aujourd’hui clairement inutile pour faire baisser les taux d’intérêt, ils sont déjà historiquement bas.

Taux à 10 ans de la zone euro pondéré par le poids de la dette de chaque pays

2. Le QE devrait permettre une baisse de l’euro salvatrice, autorisant nos champions européens à prendre des parts de marché à l’export partout dans le monde. Si cela pouvait être aussi simple… D’abord, il faut noter qu’il n’est pas acquis que l’impression de billets permette une chute de la monnaie. Pour preuve, le dollar n’a pas baissé lors des trois QE mis en place par les États-Unis depuis 2009.

Au-delà de ces considérations techniques, une monnaie faible est-elle une garantie de retour vers la croissance? Là encore, les États-Unis tendent à nous prouver le contraire : leur retour à un niveau de croissance d’environ +2%  par an (même s’il reste moins élevé que par le passé) est surtout dû au maintien d’une demande intérieure américaine à un niveau acceptable. A l’inverse, la chute de la monnaie japonaise des deux dernières années n’a eu que des effets négatifs sur l’économie nippone, en déprimant encore plus un pouvoir d’achat des ménages déjà affaibli.

Enfin, il faut garder à l’esprit que l’Europe dans son ensemble est déjà la zone la plus compétitive du monde parmi les pays industrialisés : elle affiche 3% à 4% de PIB d’excédents commerciaux quand les États-Unis et le Japon se trouvent en net déficit. La réalité, c’est que les problèmes de compétitivité sont internes à la zone euro. De ce fait, une baisse globale de la monnaie unique ne permettra en aucun cas de réduire ces déséquilibres… à moins que certains croient encore que l’Espagne peut concurrencer des pays émergents voire en développement en termes de coût de production.

Conclusion 2 : l’euro a déjà beaucoup baissé (-15% contre le dollar en un an)… Le faire baisser plus est à la fois inutile pour nos exportations et surtout dangereux car cela déprimerait encore plus la demande intérieure européenne.


3. Le QE devrait faire monter les cours boursiers. C’est effectivement probable, via un mécanisme simple : en achetant une grande proportion de l’offre obligataire disponible sur les marchés financiers européens, la Banque Centrale Européenne oblige les investisseurs institutionnels (assurances, caisses de retraite, mutuelles, banques) à acheter des actions, ce qui provoque une hausse de leur prix. D’une certaine manière, ce mécanisme peut tout à fait être assimilé à de l’administration des prix…
Attention toutefois au retour de bâton. A terme, lorsque la Banque Centrale arrêtera d’acheter, les actifs financiers retrouveront brutalement leurs niveaux d’équilibre naturel plus en phase avec les fondamentaux économiques, à savoir quelques dizaines de pourcents en deçà de niveaux maintenus artificiellement élevés par la BCE.

Conclusion 3 : le QE poussera sans doute les cours boursiers vers le haut au même titre qu’il maintiendra les taux d’intérêt à des niveaux proches de zéro… Mais pour quoi faire? Les Européens y seront bien moins sensibles que des américains ou des japonais, la part de leur patrimoine investie en actions (et en actifs financiers en général) étant plus faible que chez ces derniers. Dans ces conditions, imaginer que cela puisse pousser à plus de consommation, donc de croissance, nous semble tout à fait tiré par les cheveux.

Décomposition du patrimoinde des ménages en 2013

En conclusion, pas de doute : le QE européen trouve son origine dans un effet de mode plus que dans une vraie nécessité pour le Vieux continent. Il illustre une nouvelle fois le fait que les autorités n’ont toujours pas compris que la déflation qui s’impose aujourd’hui en Europe est avant tout le fruit d’une demande interne structurellement déprimée, conséquence à la fois du vieillissement de nos populations autant que des problèmes de solvabilité des ménages. Combien de QE faudra-t-il avant que les autorités politiques et monétaires comprennent qu’on ne fait pas boire un âne qui n’a plus soif ?

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