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Et pendant ce temps, la fuite des capitaux s’accélère en Chine…


12 Fév. 2015 - P. Sabatier

Alors que la planète a les yeux rivés sur l’Europe depuis le début de l’année (attentats en France, QE attendu et annoncé par la BCE, élections en Grèce), nous sommes inquiets de la récente tournure des évènements en Chine : les autorités de la seconde économie mondiale semblent de plus en plus démunies pour juguler le ralentissement structurel entamé il y a désormais trois ans. Retour sur les trois points qui nous font croire à la survenue d’un choc de grande ampleur pour la seconde économie mondiale à partir du second semestre 2015.

1.    NON, la consommation des ménages chinois ne prend pas le relais !


La trajectoire récente de l’économie chinoise illustre bien un phénomène mal intégré par les investisseurs occidentaux : l’incapacité des autorités à transférer le moteur de la croissance des exportations et de l’investissement vers la consommation intérieure chinoise, en dépit des annonces réitérées du gouvernement allant dans ce sens depuis plusieurs années.
 

Consommation des ménages et ventes au détail en Chine
 
Le ralentissement continu de la production industrielle mais aussi de la production d’électricité, proches de leurs plus bas de la crise de 2008-2009, traduit bien la faiblesse actuelle de l’économie chinoise, qui semble toucher tous les secteurs : automobile, équipements ménagers, production d’acier, ciment, textile, électricité, aluminium, charbon, et se traduit par un ralentissement concomitant des importations en volume.

 Production d'electricité et production industrielle en Chine


2.    Un « junky » ne fait pas de vieux os…


Rappelons d’abord que les Etats-Unis ont connu leur plus grande récession depuis 80 ans en 2008-2009, en raison d’un endettement total ayant explosé de 839% en 25 ans… soit un rythme 2.7 fois plus rapide que le PIB. La Chine a fait mieux : depuis 2000, la dette totale de l’Empire du Milieu est passée de 1 billion (1 000 milliards) de dollars à plus de 27 billions (27 000 milliards), soit un rythme d’appréciation 3.4 fois plus rapide que celui du PIB. De tels chiffres n’ont jamais été atteints dans l’Histoire économique.
Une telle orgie de dettes a naturellement alimenté la plus grande bulle d’investissement de l’Histoire et entraîné une allocation de l’épargne incroyablement inefficace. La fin d’un tel process (porté à son extrême par l’Espagne dans les années 2000-2007) est toujours le même : une grande part des investissements réalisés finissent par révéler une rentabilité insuffisante, provoquant un accident de croissance brutal et de grande ampleur.
 

Stock de crédits accordés au secteur privé non financier en Chine
 
Lorsque l’on sait que le taux de vacance dans les zones urbaines atteint 27%, les surcapacités de production entre 30% et 40% dans de nombreux secteurs industriels, et que d’innombrables centres commerciaux, bureaux, routes, voies ferrées, ponts ou immeubles restent littéralement vides sur le territoire, nous estimons que le « moment » de la rupture se rapproche à grands pas.

3.    Le temps se gâte : la sortie des capitaux s’accélère…

En parallèle, la Chine doit désormais entamer une cure de désintoxication aux entrées de capitaux. En effet, alors qu’elle a été habituée durant les 15 dernières années à bénéficier d’un environnement où elle cumulait des excédents courants et des entrées de capitaux, conduisant le pays à accumuler des réserves de change pour éviter l’envol de sa monnaie… elle doit désormais se passer du second volet. Les derniers chiffres le confirment : en lien avec une incertitude de plus en plus forte de la part des acteurs locaux quant à la capacité du gouvernement à éviter un accident de croissance à court et moyen terme, les capitaux fuient le pays, comme le montre la hausse de la balance commerciale chinoise (liée à la faiblesse des importations) concomitante à la baisse des réserves de change détenues par la Banque Centrale de Chine. En effet, la très faible correction du Yuan traduit une véritable fuite des capitaux de grande ampleur durant la même période.
 

Mouvements de capitaux en Chine
 
 Comme souvent, les surprises ne se produisent pas où on les attend : nous croyons que l’année 2015 pourrait être celle d’une correction de la part de la désormais seconde économie mondiale (voire première en parité de pouvoir d’achat). Lorsque l’on connait le « contrat moral » entre la population et le Parti (pas de remise en question de la légitimité de ce dernier tant qu’il assure suffisamment de croissance pour que chaque chinois puisse espérer changer de classe sociale, valeur estimée autour de +7% par an), on peut s’inquiéter des conséquences qu’un décrochage brutal de l’économie chinoise provoquerait à la fois en termes de stabilité sociale interne, mais aussi d’impact sur les autres pays d’Asie (la région est une des plus intégrées commercialement au monde) et par extension au reste du monde (à travers le poids de la Chine dans la consommation de matières premières et dans l’approvisionnement des pays occidentaux).

 

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