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Editos
En dépit d’une multiplication de son PIB par plus de 4 depuis son entrée dans l’OMC en 2001, la Chine doit faire face à une insatisfaction de plus en plus palpable de sa population. Les chinois se plaignent de la flambée des prix des marchandises et de l’immobilier, préoccupation à laquelle s’ajoute l’insécurité liée aux produits alimentaires, au manque d’eau potable, à la pollution etc. Que se passe-t-il ? Les autorités touchent aujourd’hui du doigt les limites d’un modèle de croissance reposant uniquement sur l’accumulation, sans aucune considération qualitative. Conséquence, le niveau de vie réel de la plupart des chinois n’a pas progressé aussi rapidement que la prospérité économique, le partage de la valeur ajoutée étant invariablement l’un des plus défavorables aux salariés de par le Monde (cf. graphique ci-dessous).

Aux yeux de beaucoup de chinois (en dehors de la classe moyenne émergente en très forte progression), leur niveau de vie relatif leur semble ainsi inférieur à ce qu’il était il y a 10 ans. Ce sentiment est d’ailleurs exacerbé par l’explosion des inégalités de toutes sortes sur la période : selon l’Institut de recherche économique de la Fondation chinoise pour la réforme, le montant des revenus cachés (avantage en nature, pots-de-vin, travail au noir et évasion fiscale) atteindrait 9 300 milliards de yuans (environ le tiers du PIB). Selon cet organisme, les 10% des ménages les plus riches se partageraient 51.9% du revenu total et gagneraient 26 fois plus que les 10% les plus pauvres et non 9 fois, comme l’affirment les statistiques officielles.

Au delà de ces inégalités salariales, on constate également des disparités régionales extrêmement marquées, notamment entre les zones rurales et les zones urbaines. Ainsi le revenu mensuel des urbains est aujourd’hui 3.6 fois plus élevé que celui des ruraux. Dans cette veine, l’espérance de vie à la naissance progresse également beaucoup moins rapidement selon que l’on se trouve dans les villes côtières ou dans le centre du pays. Pour preuve, l’espérance de vie s’élève à 78 ans à Pékin, contre seulement 64 ans dans la région pauvre du Guizhou au centre du pays. Ces écarts considérables illustrent un phénomène qui s’est accéléré au cours des dernières années : l’accès aux soins est de plus en plus différencié selon la région où l’on habite en Chine.
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Conséquence de ces dérives, les violences collectives se multiplient de façon spectaculaire depuis quelques mois. Une conjonction de facteurs a favorisé ces tensions au sein de la société chinoise. Les exigences de croissance ont drainé vers les villes des millions de travailleurs migrants, avec l’espoir d’élever le niveau de vie de leur famille. Mais l’inflation alimentaire et de l’immobilier rognent de façon considérable leur pouvoir d’achat, rendant les fins de mois de plus en plus difficiles. Bien informée par Internet, la population tolère de moins en moins ces inégalités, la corruption, les richesses mal acquises, les bavures policières. Ils se préoccupent de plus en plus la qualité de la vie, de l’environnement et de leur sécurité alimentaire. La multiplication des actes de mécontentement de la population chinoise ébranlera-t-elle la réussite chinoise au point de convaincre les autorités de s’orienter vers un modèle de croissance plus équilibré ?
A consulter :
Spécial Chine 1/3 : 1980-2008, le retour en grâce de l'Empire du Milieu
Spécial Chine 3/3 : L'après 2011, l'impossible transformation du modèle