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La zone euro dans le sillage du pays du Soleil Levant ?

         

La zone euro dans le sillage du pays du Soleil Levant ?


17 Nov. 2010 - J-L. Buchalet
 
Depuis le début des années 90, le Japon est entré dans une longue phase de déclin qui ne lui laisse toujours pas entrevoir, vingt ans plus tard, la moindre once de lumière au bout du tunnel : un vieillissement de la population irrémédiable (âge médian de 55.1 ans estimé en 2050), une dette publique abyssale (plus de 200% en 2010), une demande interne atone, des exportations de moins en moins compétitives du fait notamment de la hausse du yen (ne représentent plus que 5% des exportations mondiales en 2010)…le tableau est sombre au pays du Soleil Levant. Or, il existe aujourd’hui d’étroites similitudes entre le Japon des années 97/98 et notre zone euro : vieillissement de la population, modes de consommation en particulier des européens du Nord proches de celui des japonais, propension à s’orienter vers la généralisation de la déflation salariale et hausse soutenue de l’endettement public. Quels risques pèsent encore en 2010 sur les économies du Vieux Continent ?
 
Le renforcement du partage de la valeur ajoutée en défaveur des salariés
 
Le Japon a privilégié ces dernières années un partage de la valeur ajoutée en faveur des entreprises (profits) au détriment des salariés (revenus), ce qui n’a pas permis aux japonais de se désendetter suffisamment rapidement. La tentation est grande en Europe de suivre cette voie empruntée par l’Allemagne, d’autant plus au regard de la bonne santé de son économie en 2010. Si tel était le cas, il faudrait alors s’attendre au maintien prolongé d’un environnement déflationniste, à la poursuite de la baisse des taux de fécondité et enfin à la hausse continue de l’endettement public, nécessaire pour palier l’incapacité des ménages à diminuer leur endettement.
 
 
Une rigueur budgétaire trop précoce
 
La réduction du désendettement public se trouve aujourd’hui au cœur de toutes les préoccupations au regard de la croissance soutenue qu’a connu la dette ces dernières années. Sous la pression des marchés financiers et de l’Allemagne, la zone euro a décidé d’adopter une politique budgétaire restrictive afin que le déficit public ne dépasse plus dans les trois ou quatre ans à venir le seuil de 3% défini lors du Conseil européen d’Amsterdam du 17 juin 1997. Toutefois, il ne faut pas perdre de vue que le risque de tuer la croissance naissante dans l’œuf est bien réel en cas de mauvais timing. En effet, l’expérience japonaise nous a montrés qu’un tour de vis trop précoce pouvait plonger la zone dans un environnement de déflation salariale, restreignant la capacité de consommation et d’investissement des agents privés et empêchant leur désendettement…or le désendettement public ne peut se réaliser durablement sans le désendettement privé préalable.
 
Une trop grande croyance dans une politique volontariste en termes de R&D et d’industrialisation
 
Nécessaire oui, suffisant non. Ce serait tout d'abord une erreur de croire que miser sur  l’industrialisation pourrait suffire à assurer la croissance continue du Vieux Continent. Le Japon, économie industrielle à forte valeur ajoutée a vu sa production croître de plus de 20% entre 1998 et 2008 grâce à d’importants gains de productivité pendant que l’emploi manufacturier se réduisait d’autant (-25% de 1998 à 2009) avec la concurrence frontale des pays émergents, diminuant sa capacité de production de -6%. Bien qu’une économie industrielle très avancée ne soit que peu créatrice d’emplois, les européens et les américains affichent leur volonté de réindustrialiser leurs pays. Sur le long terme, une telle politique n’est souhaitable que si les salaires progressent en ligne avec le marché, ce qui n’est pas envisageable dans un monde aussi ouvert tant que les chinois n’auront pas accepté de réévaluer leur monnaie.
 
 
D'autre part, contrairement à l’idée reçue, investir dans la recherche et la connaissance est une condition nécessaire mais pas suffisante pour générer de la croissance. Le Japon en est un exemple vivant : le pays du Soleil Levant a porté un effort conséquent sur l’innovation, qui le place en haut de la hiérarchie, que ce soit en termes de dépenses totales en R&D (3,5% du PIB) comme de dépenses de ses entreprises (2,7% du PIB), du nombre de ses chercheurs (75 pour 1000 emplois) ou de ses brevets (115 par million d’habitants)…sans pour autant parvenir à redresser sa trajectoire déclinante.
 
Un modèle économique construit sur l’extérieur 
 
Un modèle économique basé sur les exportations crée un lien de dépendance avec ses partenaires commerciaux, qui le rend tributaire de leur état de santé, de la croissance de ses principaux importateurs (à savoir la Chine et les Etats-Unis pour la zone euro). Le Japon, tout comme l’Allemagne, en a fait la dure expérience avec la crise économique de 2008 : la chute du commerce mondial a fortement pénalisé les exportations nippones, provoquant l’effondrement de sa production industrielle (-40% entre le plus haut de 2008 et le plus bas de 2009) et par conséquent la baisse vertigineuse de son PIB (-8,6% entre le plus haut et le plus bas). Favoriser la compétitivité de ses exportations au détriment du pouvoir d’achat de ses ménages provoque une hausse de la volatilité : les ménages ayant du mal à se projeter, diminuent leur consommation et leurs investissements, ce qui a un impact négatif sur le taux de natalité, à une époque de vieillissement généralisé de la population mondiale…
 
Quelle grande leçon les pays européens doivent-ils tirer du long déclin japonais ? Une croissance n’est pérenne que si les salariés sont correctement payés, c'est-à-dire qu’il y ait une juste répartition de la valeur ajoutée entre les profits et les revenus. La consommation des ménages constituant le principal moteur de la création de richesse des pays industrialisés (64.8% du PIB en moyenne), la revalorisation des salaires dans l’ensemble des pays du G20 se présente comme un remède possible et plausible au mal de l’endettement, qu’il soit privé dans un premier temps puis public dans un second mouvement.

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