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Le capitalisme étatique chinois peut-il nous sauver ?

         

Le capitalisme étatique chinois peut-il nous sauver ?


13 Sept. 2010 - P. Sabatier

La vigueur de la croissance en Chine au premier semestre (+11,9% au premier trimestre puis +10,3% au second) laisse songeur de nombreux experts, qui n’hésitent plus à considérer l’Empire du milieu comme le sauveur des grands pays industrialisés. La résurgence de cette fameuse théorie du découplage ne nous convainc pas plus qu’au premier semestre de l’année 2008, date à laquelle elle avait émergé avant de retomber dans l’oubli dans les mois qui suivirent. En effet, nous estimons que les taux de croissance à deux chiffres affichés actuellement ne sont pas soutenables, car ils résultent d’une politique monétaire totalement inadaptée, poussant à la spéculation et faisant enfler une bulle gigantesque dans l’économie réelle. Et l’heure de sa résorption n’est peut-être plus très lointaine.

En maintenant une sous-évaluation chronique de la monnaie chinoise estimée à environ 40%, les autorités se sont trouvées contraintes depuis de nombreuses années à importer la politique monétaire américaine, particulièrement expansionniste depuis le début de la crise.  Cette dernière s’avère totalement inadaptée au régime de croissance de la désormais seconde économie mondiale : tandis que le PIB croit à un rythme supérieur à 10%, les taux réels n’atteignent qu’à peine 2%... Un tel écart ne pouvait déboucher que sur l’explosion de l’endettement en Chine, qu’il soit privé ou public via les régions. D’autant que les autorités ont décidé d’utiliser le crédit bancaire comme outil de financement du gigantesque plan de relance adopté fin 2008 (plus de 14% du PIB alors qu’il n’a atteint que 4.5% du PIB aux Etats-Unis) : le volume de crédits en Chine a ainsi atteint des niveaux inédits dans l’histoire économique moderne, avec plus de 40% du PIB distribué en seulement un an et demi.


 
Cet afflux de liquidités dans l’économie a entraîné au second trimestre une forte reprise de l’inflation en Chine, pourtant considérée comme l’ennemi public numéro un : l’inflation totale a progressé de 3.0%, l’inflation alimentaire de plus de 6%, mais ce sont surtout les prix à la production qui ont explosé, augmentant à un rythme de plus de 15% en glissement annuel… avec les effets négatifs que cela engendre pour les exportations de la zone, pilier de la croissance avec l’investissement, mais aussi les tensions sociales que cela génère.
 
Dans cette veine, les prix de l’immobilier poursuivent leur flambée, avec une hausse vertigineuse de +10% au cours du seul premier trimestre ! Le poids de la construction atteint désormais un sommet à 12% du PIB, dépassant de loin le niveau atteint par les États-Unis en 2006 (6.3% du PIB) et se rapprochant à grand pas du record espagnol (13% du PIB). Autre preuve de la gigantesque bulle en cours de formation dans l’immobilier chinois, les logements deviennent de plus en plus inaccessibles : alors que le ratio prix sur salaire avait atteint un sommet de 4 aux Etats-Unis et de 8 en Espagne au pire de leurs bulles immobilières, il tutoie aujourd’hui des niveaux stratosphériques en Chine, avec 8.5 en moyenne et même 14 dans les régions côtières ! Une telle frénésie ne devrait pas durer très longtemps...
 
Chose moins courante mais non moins inquiétante, le gouvernement central semble avoir complètement perdu la main sur les finances publiques locales depuis un an et demi : en exigeant des banques qu’elles injectent massivement de l’argent dans l’économie avec un certain laxisme, les autorités ont provoqué l’emballement de l’endettement des régions via des plateformes de financement totalement opaques. Profitant d’une monnaie commune, les régions en ont profité pour s’endetter lourdement afin d’assurer des taux de croissance à deux chiffres, condition nécessaire à l’enrichissement mais aussi au maintien de la paix sociale. Depuis début 2009, les collectivités locales se livrent entre elles une compétition encore plus féroce qu’auparavant, tentant par tous les moyens d’attirer les investisseurs et de créer des infrastructures, sources de recettes fiscales via les ventes de terrains. Les montants en jeu sont désormais colossaux : l’endettement local atteindrait 34% du PIB, dont plus de 60% aurait été contracté au cours de la seule année 2009… ce nouveau genre de subprime à la chinoise fait peser un risque d’implosion bancaire majeur au pays, dont la croissance n’a jamais reposé sur des fondations aussi fragiles qu’aujourd’hui.
 
Dernier facteur d’inquiétude, la hausse récente de la monnaie chinoise, qui atteint désormais ses plus hauts d’il y a presque 20 ans en termes réels. La perte de compétitivité associée devrait perdurer au regard de la faiblesse des économies industrialisées et finira par peser négativement sur les exportations de la zone, qui, en dépit de la récession mondiale, représentaient encore 36% du PIB fin 2009. Au regard de l’ensemble de ces facteurs, nous nous attendons à un ralentissement prononcé de la croissance chinoise à partir de l’année prochaine, ce qui ne facilitera pas la tâche des pays industrialisés étouffés par un niveau d’endettement colossal.

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