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Le secteur ferroviaire en Chine : la folie des grandeurs

         

Le secteur ferroviaire en Chine : la folie des grandeurs


17 Oct. 2011 - P. Sabatier

Illustration de  l’explosion de l’investissement depuis 2008 en Chine, le secteur ferroviaire chinois fait partie des signes avant-coureurs des dérives du système économique chinois décrites dans le premier volet de notre Outlook Spécial Chine (« 1980-2008 : le retour en grâce de l'Empire du Milieu »). Le ministre chinois des chemins de fer, Liu Zhijun, a été limogé au début de cette année puis emprisonné, officiellement pour une affaire de corruption. Mais sa mise à l’écart résulterait en réalité d’une politique de dépenses totalement démesurée de la part de son ministère au cours des dernières années, qui commence à montrer sérieusement ses limites. Pourtant, jusqu’à son limogeage, Liu Zhijun faisait la fierté de la nation, celle du savoir-faire chinois dans le domaine des trains à grande vitesse : son programme pharaonique visant à doter la Chine de près de 25 000 kilomètres de lignes à haute vitesse d’ici à 2015 (8 000 km déjà installées) en un temps record devait faire du pays le leader incontesté du secteur au niveau mondial.
Résau de voies ferrées chinois

La Chine a développé ces dernières années son réseau à grande vitesse cinq fois plus vite que n’importe quel autre pays européen. Mais depuis quelques mois, le doute a commencé à s’insinuer : l’édifice construit par le ministre est-il pérenne ? D’abord sur le plan technique : les travaux auraient-ils été bâclés par des entreprises proches du pouvoir pas toujours dotées du meilleur savoir-faire ? La solidité des installations tout comme leur fiabilité sont désormais remises en cause. L’accident survenu sur la ligne grande vitesse Pékin-Shangaï au mois de juillet dernier a renforcé le doute sur la sécurité des trains chinois, et ce peu de temps après les déclarations du successeur de Liu Zhijun lors de sa première intervention publique, promettant de placer « la qualité et la sécurité » au cœur des préoccupations du ministère. Conséquence, le matériel roulant risque de vieillir prématurément au détriment de la sécurité des voyageurs, d’autant que les lignes ferroviaires ont été développées tous azimuts, sans pouvoir bénéficier de la moindre courbe d’expérience. Autre fait désormais controversé, les vitesses des trains chinois sont excessives, pour des raisons de fierté nationale ; mais ce choix paraît économiquement douteux : la SNCF considère que le gain pour les passagers est minime tandis que le vieillissement du matériel s’en trouve grandement accéléré. D’ailleurs, le nouveau ministre des chemins de fer, Sheng Guangzu, avait annoncé que le TGV chinois limiterait sa vitesse à 300 km heure à partir de juillet, contre 350 kms heure auparavant. 

Poids de l'investissement dans le PIB chinois

L’autre faiblesse de ces projets ferroviaires est leur financement. Les experts estiment l’investissement total aux alentours de 550 milliards d’euros. En dépit d’efforts réalisés ces derniers mois pour vendre certaines sociétés ou usines du secteur, les finances du ministère sont exsangues avec une dette de plus de 125 milliards d’euros, qui représenterait désormais plus de 56% des actifs du ministère, faisant craindre une crise de solvabilité. La possibilité de transférer le poids de cette dette sur le consommateur est malheureusement irréaliste : les billets sont d’ores et déjà trop chers relativement au pouvoir d’achat, engendrant des taux d’occupation faméliques. Le TGV chinois ne rencontre ainsi pas le succès escompté, compte tenu des prix pratiqués, inaccessibles pour la majorité de la population. D’après les analystes de la China Minsheng Bank, le réseau ferré à grande vitesse chinois pourrait être déficitaire au cours des 20 prochaines années. Cette folie des grandeurs perceptible dans le secteur ferroviaire n’est cependant pas un cas isolé en Chine : les autoroutes, les aéroports ou encore la construction de zones industrielles donnent lieux à la même démesure, et ce dans toutes les provinces du pays.  La multiplication de ces exemples de surchauffe et de mauvaise allocation de l’épargne nous rend très pessimiste quant à la trajectoire de la 2ème économie mondiale à moyen terme.

A consulter :

Spécial Chine 1/3 : 1980-2008, le retour en grâce de l'Empire du Milieu

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