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Editos
L’origine des déséquilibres actuels au niveau mondial réside dans l’accumulation inconsidérée d’excédents commerciaux depuis 10 ans, à commencer par la Chine et l’Allemagne. En effet, le jeu du commerce mondial est à somme nulle : les déficits des uns sont compensés par les excédents des autres. Comment interpréter alors les positions allemandes et chinoises, qui exigent de leurs clients (les pays déficitaires) qu’ils maîtrisent leur endettement tout en continuant à consommer…ces derniers constituant des débouchés indispensables à leurs gigantesques exportations, qui représentent à elles seules 22% des exportations mondiales ? (cf. notre lettre Outlook intitulée « Commerce mondial, un impact surestimé ? »)

Les excédents courants cumulés au cours des 10 dernières années par ces deux poids lourds de l’économie mondiale sont colossales : 58% du PIB pour la Chine et 45% du PIB pour l’Allemagne. Cette situation de créditeurs vis-à-vis du reste du monde ne leur confère pourtant qu’une apparente position de force, leur modèle de croissance étant en réalité particulièrement sensible à la conjoncture extérieure… Il convient donc plutôt de parler de dépendance mutuelle.
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Le monde se divise ainsi en deux, avec d’un côté la Chine et l’Allemagne qui produisent et de l’autre les Etats-Unis, l’Espagne ou encore le Royaume-Uni qui consomment à crédit. L’écart est frappant : les dépenses des ménages américains représentent à elles seules 16% de la consommation mondiale (alors que la population américaine ne pèse que 4.5% de la population mondiale) tandis que celles des ménages chinois ne représentent que 3.6% de la consommation mondiale (pour une population pesant 20% de la population mondiale).

La situation des pays consommateurs devenant de plus en plus précaire, les pays producteurs (et donc prêteurs), se retrouvent face à un sérieux dilemme : soit ils continuent d’utiliser leurs excédents pour financer les déficits des pays en difficulté afin de maintenir des débouchés pour leurs activités exportatrices (qui pèsent 41% du PIB en Chine et 50% du PIB en Allemagne), soit ils refusent et provoquent de profondes récessions dans les pays importateurs, entraînant leur propre ralentissement mais aussi des pertes violentes sur les montants prêtés par le passé par leurs banques, qui les mèneront ainsi à la faillite. La crise de la zone euro en 2011 illustre parfaitement ce phénomène : l’Allemagne se retrouve coincée entre ces deux alternatives du fait de son accumulation d’excédents courants aux dépens des pays du Sud depuis 10 ans.
La Chine est elle aussi dans une position extrêmement embarrassante, notamment vis à vis des Etats-Unis. Si les autorités chinoises exhortent les américains à rétablir des politiques monétaires et budgétaires moins laxistes, un resserrement brutal de la première économie mondiale s’avérerait désastreux pour la Chine, qui verrait l’un de ses principaux débouchés s’effondrer et surtout une grande partie des 3300 milliards de dollars de réserves de change accumulées par la Banque Centrale de Chine se volatiliser. Le serpent se mord la queue… L’Empire du Milieu, tout comme l’Allemagne, semble ainsi ne pas avoir d’autres choix que de continuer à financer leurs clients…jusqu’au prochain accident.
A consulter :
Commerce mondial, un impact surestimé ?
Spécial Chine 1/3 : Le retour en grâce de l'Empire du Milieu
Le modèle allemand crée-t-il de la richesse ?