Edito – Pourquoi la Fed ne pouvait pas monter ses taux …

Edito – Pourquoi la Fed ne pouvait pas monter ses taux …

Etats-UnisNous avions déjà exprimé au cours des mois passés nos doutes quant à une potentielle hausse des taux directeurs aux Etats-Unis avant la fin de l’année 2015. Nous avons maintenu notre point de vue au regard des éléments factuels qui militent selon nous pour un maintien des taux directeurs à leur niveau actuel…

1. Le flux de publications macroéconomiques est porteur de déceptions depuis le début de l’année

Les déceptions concernant les publications économiques se sont accumulées aux Etats-Unis depuis le début de l’année. Au deuxième trimestre les chiffres ont même été en dessous des attentes dans une proportion qui n’avait plus été atteinte depuis mi-2012, signe que les attentes concernant la santé de l’économie américaine ont été bien au-delà de la réalité de ses fondamentaux.

2. La situation s’est améliorée sur le front de l’emploi, mais les salaires n’accélèrent toujours pas

Il est vrai que les signaux en provenance de l’emploi en particulier sont plus positifs : le taux de chômage est tombé à 5.1%, l’emploi à temps plein a retrouvé son niveau d’avant crise, les demandes d’inscription au chômage sont à leur plus bas et le nombre d’emplois a progressé de plus de 240 000 postes par mois en moyenne au cours des 12 derniers mois.  Toutefois la progression des salaires ne montre toujours pas de signes d’accélération : le salaire horaire moyen est en hausse de +2.2% sur un an en août, contre +3.2% par an en moyenne entre 1986 et 2008 (cf. graphique). En outre des millions d’américains sont sortis des chiffres du chômage (le taux de participation est passé de 66% avant la crise à 62.6% aujourd’hui) et parmi ceux qui sont en emploi nombreux sont ceux qui sont sous-employés (temps partiel subi ou postes pour lesquels ils sont surqualifiés).

Taux directeur vs salaire horaire moyen aux Etats-Unis

3. Il n’y a aucun risque inflationniste

L’inflation se maintien aux Etats-Unis en-dessous du seuil de 2% depuis 3 ans désormais. Elle connait même un accès de faiblesse supplémentaire depuis la fin de l’année 2014, en lien avec la chute du prix du pétrole. Hors énergie et alimentation, l’inflation est un peu plus élevée mais reste « bloquée » sous les 2% également depuis mi 2012. Dans un contexte de faiblesse prolongée du cours du pétrole, la Fed dispose probablement encore de quelques mois avant de justifier une hausse des taux par l’accélération de l’inflation… En outre un facteur structurel fort s’oppose à une poussée inflationniste, à savoir le vieillissement de la population américaine.

4. Une hausse supplémentaire du dollar risquerait de faire caler la croissance américaine

Le dollar s’est fortement apprécié depuis la mi-2014 face au panier de devises des partenaires commerciaux des Etats-Unis (+18% pour le taux de change nominal effectif calculé par la Fed). Une hausse des taux directeurs, qui se traduirait par une appréciation supplémentaire du dollar, aurait un impact négatif sur l’économie américaine.

Taux de change effectif des Etats-Unis

En conclusion, tous ces indicateurs illustrent clairement le fait qu’il n’y avait aucune « urgence » pour la Fed à relever ses taux directeurs. Même si l’économie américaine semble de plus en plus solide, la forte révision à la baisse de la croissance en 2013 (de +2.2% à +1.5%) et les déceptions du premier trimestre de cette année montrent sa sensibilité encore exacerbée aux facteurs extérieurs. Dans un contexte d’incertitudes quant à l’évolution de l’économie chinoise mais également en interne concernant le comportement d’épargne des ménages, la Fed a ainsi tout intérêt à prolonger sa position de « wait and see » afin d’éviter de déstabiliser les marchés financiers et de casser la dynamique de croissance.