Edito – Pourquoi on ne peut toujours par parler de plein emploi aux Etats-Unis…

Edito – Pourquoi on ne peut toujours par parler de plein emploi aux Etats-Unis…

Made in USA - IMP. PintsDans notre étude sur l’emploi américain, nous avons mis en évidence le fait que le taux de chômage officiel aux Etats-Unis (5% au mois de novembre) donne une image trop éloignée de la réalité du marché de l’emploi outre-Atlantique. En prenant en considération la population qui déclare désirer un emploi et celle qui travaille à temps partiel de façon subie, le taux de chômage serait supérieur à 12% et bien au-dessus de son dernier point bas de 2007. Toutefois il est plus signifiant encore de se pencher sur le taux de participation [1] américain, qui ne cesse de baisser : après avoir atteint son plus haut niveau historique à la fin des années 90 (autour de 67%), le taux de participation est aujourd’hui compris entre 62 et 63% (cf. graphique ci-dessous).

Taux de participation aux Etats-Unis

Cette lame de fond baissière s’explique par la croissance plus rapide des non actifs par rapport à celle des actifs. Pour évaluer si cette croissance est la conséquence d’évolutions structurelles de la population (comme la transformation de sa pyramide des âges), nous nous penchons sur les différentes composantes de ce taux de participation :

  • Les séniors (55 ans et plus) sont de de plus en plus nombreux (20.6% de la population totale américaine en 1995 contre 27,6% aujourd’hui) et leur taux de participation est faible (40%) : ils font mécaniquement baisser celui de l’ensemble de la population. Cet effet a toutefois été atténué par la hausse concomitante de la proportion de cette population souhaitant rester active, afin de limiter la paupérisation liée à la cessation d’activité. En effet, de 1995 à 2008, le taux de participation spécifique des plus de 55 ans est passé de 30 à 40% (graphique ci-dessous).

Taux de particpation des plus de 55 ans aux Etats-Unis Taux de participation des jeunes (16-24 ans) aux Etats-Unis

  • A l’inverse des séniors, les 16-25 ans sont de moins en moins actifs. Cette évolution traduit la préférence grandissante des jeunes américains à poursuivre leurs études mais également la difficulté pour cette classe d’âge à entrer sur le marché du travail. La baisse du taux de participation des jeunes est particulièrement marquée entre 2001 et 2003 (passant de 66% à 61%, cf. graphique ci-dessus) puis entre 2007 et 2009 (passant de 61% à 55%), probablement en lien avec le vaste phénomène de délocalisation entamé en 2001 avec l’entrée de la Chine dans l’OMC, privant ainsi les jeunes faiblement qualifiés d’une grande partie des emplois qui leur sont traditionnellement réservés. La baisse du taux de participation de cette tranche d’âge peut donc être considérée comme structurelle et ne devrait plus contribuer significativement au recul du taux de participation global des Etats-Unis.
  • Si les phénomènes touchant les deux groupes d’âge précédant peuvent paraître assez intuitifs, en revanche la chute du taux de participation des 25-54 ans est particulièrement inquiétante : celui-ci est passé de plus de 84% en 1999 à 80.6% aujourd’hui. Les conditions sur le marché de l’emploi semblent donc pousser de nombreux américains vers l’inactivité tout particulièrement pendant les crises où la baisse du taux de participation s’accélère. L’évolution du taux de participation du cœur de la population active est probablement le facteur qui traduit le mieux l’incapacité nouvelle du marché de l’emploi à répondre aux besoins de la population américaine. C’est probablement ce facteur qu’il faudra suivre de près pour anticiper les réelles tensions sur le marché de l’emploi, et donc la politique monétaire de réserve fédérale. Ce phénomène semble être propre aux Etats-Unis : le Japon, l’Allemagne, le Royaume-Uni ou encore la France ne suivent pas la même trajectoire (cf. graphique ci-dessous).

Taux de participation des 25-54 ans

En conclusion, entre un taux de chômage officiel qui ne reflète que partiellement la réalité du marché de l’emploi (de nombreux américains étant sous employés, découragés ou renonçant à travailler au regard des conditions d’emploi proposées) et la chute du taux de participation du cœur de la population active (les 25-54 ans), nous confirmons notre appréciation d’un marché du travail loin de réunir les conditions du plein emploi aux Etats-Unis. En dépit de chiffres sur l’emploi meilleurs qu’attendus en octobre et en novembre (211 000 emplois créés en novembre contre 199 000 prévus par le consensus et 137 000 en septembre), ces facteurs ne militent pas pour une politique monétaire restrictive à horizon prévisible de la part de la FED.

[1] Ce taux est le rapport entre les actifs (Travailleurs + chômeurs ou encore « Labor Force ») et l’ensemble de la population civile hors institutions (Labor force + Not in Labor Force) de 16 ans et plus.